Soudan – Iran : La fin d’une époque de rupture diplomatique qui aura duré 8 ans


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Drapeau du Soudan
Drapeau du Soudan

Le Soudan et l’Iran renouent officiellement leurs relations diplomatiques après huit ans de rupture, marquant un changement significatif dans le paysage régional.

Le 21 juillet 2024, une nouvelle ère s’ouvre pour les relations entre le Soudan et l’Iran. Après huit années de rupture diplomatique, les deux nations ont officiellement repris leurs liens avec la prise de fonction de leurs ambassadeurs respectifs. Cette décision marque un tournant significatif dans le paysage géopolitique de la région.

Contexte historique : une rupture sous pression

La rupture entre Khartoum et Téhéran remonte à 2016, lorsque le Soudan a rompu ses relations diplomatiques avec l’Iran en solidarité avec l’Arabie saoudite. Cette décision faisait suite à l’attaque de l’ambassade saoudienne en Iran, elle-même une réponse à l’exécution d’un éminent religieux chiite à Riyad. Le Soudan, alors sous forte influence saoudienne, avait suivi l’exemple de ses alliés régionaux.

Dimanche dernier, à Port-Soudan, le général Abdel Fattah al-Burhan, chef de l’armée et dirigeant de facto du Soudan, a reçu le nouvel ambassadeur iranien Hassan Shah Hosseini. Dans le même temps, le Soudan a dépêché son nouvel ambassadeur en Iran, Abdelaziz Hassan Saleh. Ce geste marque « le début d’une nouvelle phase » dans les relations bilatérales, selon le sous-secrétaire du ministère des Affaires étrangères soudanais, Hussein al-Amin.

Un contexte de guerre et de réalignement régional

Depuis le début de la guerre au Soudan en avril 2023, le pays a dû reconsidérer ses alliances régionales. Les Forces de soutien rapide (FSR), dirigées par le général rival Hemedti, ont reçu le soutien de certaines forces régionales, obligeant l’armée soudanaise à chercher de nouveaux appuis. Le rapprochement avec l’Iran offre à Khartoum un soutien stratégique, notamment en matière de fourniture d’armes et de drones, essentiels pour contrer les avancées des FSR.

Pour l’Iran, cette reprise des relations diplomatiques avec le Soudan représente une opportunité d’étendre son influence dans la région de la mer Rouge. Historiquement, l’Iran a entretenu des relations étroites avec le Soudan, remontant au coup d’État d’Omar el-Béchir en 1989. Pendant près de deux décennies, le Soudan a servi de plateforme à l’Iran pour faire transiter des financements et des armes vers des groupes comme le Hamas palestinien ou le Hezbollah libanais.

Répercussions géopolitiques

La reprise des relations entre le Soudan et l’Iran s’inscrit dans un contexte plus large de réconciliation régionale. En mars 2023, la réconciliation surprise entre Riyad et Téhéran a ouvert la voie à d’autres rapprochements dans la région. Plusieurs pays ont suivi cet exemple, reconfigurant les alliances traditionnelles.

Cependant, cette nouvelle phase n’est pas sans défis. Le Soudan se trouve au cœur d’un conflit dévastateur, avec des dizaines de milliers de morts et des millions de déplacés. Les relations avec les puissances étrangères restent complexes. En février, les États-Unis ont exprimé leur inquiétude quant aux livraisons d’armes de l’Iran à l’armée soudanaise, soulignant la sensibilité de ces nouvelles alliances.

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