Partenariat France-Algérie : les 6 piliers du renouveau diplomatique annoncé


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drapeaux français et algérien
Drapeaux français et algérien

Après plusieurs mois de tensions diplomatiques, Paris et Alger s’engagent dans une relance ambitieuse de leur coopération autour de six axes stratégiques. Le déplacement du ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, à Alger le 6 avril prochain, concrétise la volonté partagée des présidents Tebboune et Macron de refonder leur relation sur la confiance et le respect mutuel. Dialogue mémoriel, coopération sécuritaire, partenariat économique équilibré, échanges culturels, gouvernance migratoire et concertation diplomatique constituent les fondements de cette nouvelle architecture bilatérale attendue des deux côtés de la Méditerranée.

Le vent tourne entre Alger et Paris. Après une séquence de crispation diplomatique de près de huit mois marquée par des malentendus, des désaccords publics et des gestes de défiance, le dialogue reprend au sommet, porté par la volonté des deux chefs d’État. Le 31 mars au soir, Emmanuel Macron a pris l’initiative d’appeler son homologue Abdelmadjid Tebboune. L’échange, qualifié de « franc et amical » par la présidence algérienne, a permis de rétablir un canal politique direct et de poser les bases d’une normalisation durable.

Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, se rendra à Alger le 6 avril prochain, à l’invitation de son homologue Ahmed Attaf. Il sera chargé de transformer cette impulsion politique en un plan d’action bilatéral. Une relance jugée aussi nécessaire qu’attendue, tant les intérêts communs entre les deux rives de la Méditerranée sont aujourd’hui nombreux, pressants et stratégiques.

Une relance portée au plus haut niveau

L’échange présidentiel s’inscrit dans une démarche de désescalade mûrie de part et d’autre, après une période de gel symbolique des relations depuis août 2024. Cette tension était notamment consécutive au soutien explicite de la France au plan d’autonomie marocain sur le Sahara occidental à l’été 2024. Cette position, perçue comme un alignement avec Rabat, avait heurté Alger qui soutient traditionnellement le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui et le Front Polisario en conformité avec le droit international et la position de l’ONU.

D’autres frictions avaient contribué à refroidir les échanges, notamment autour des réadmissions de ressortissants algériens en situation irrégulière en France ou du traitement médiatique de certains opposants politiques algériens par les médias français.

Mais plutôt que de se laisser enfermer dans une logique de confrontation, les deux présidents ont opté pour un retour à la coopération pragmatique. Abdelmadjid Tebboune n’a jamais fermé la porte au dialogue avec Paris, maintenant une posture constante et digne, même dans les moments de tension. C’est ce sens des responsabilités, conjugué à la lucidité d’Emmanuel Macron sur les enjeux régionaux et historiques, qui permet aujourd’hui d’ouvrir une nouvelle page.

Mémoire partagée : une dynamique relancée

Parmi les chantiers relancés figure celui de la mémoire, toujours central dans la relation franco-algérienne. Les deux chefs d’État ont salué le travail amorcé par le comité mixte d’historiens mis en place en 2022 et se sont engagés à lui donner un nouveau souffle.

Une prochaine réunion du comité aura lieu en France avant l’été, avec pour objectif de porter aux présidents des deux pays des propositions concrètes sur la réconciliation mémorielle. Ce dossier, longtemps source de crispations, pourrait devenir un pilier du rapprochement. Car pour l’Algérie, la reconnaissance de vérités historiques constitue une exigence de justice et de respect, non négociable.

Cela concerne notamment l’assassinat de figures emblématiques de la résistance comme Ali Boumendjel, avocat et militant nationaliste torturé et assassiné par l’armée française en 1957, ou Larbi Ben M’hidi, dirigeant historique du FLN exécuté en détention la même année. La reconnaissance par la France de ces crimes, amorcée sous Macron, reste un symbole fort dans ce processus de réconciliation mémorielle.

La poursuite de ce dialogue mémoriel, dans un esprit d’équilibre et de reconnaissance réciproque, est donc un signal fort.

Sécurité et migration : vers un dialogue de confiance

La relance franco-algérienne portera également sur des dossiers sensibles comme la coopération sécuritaire et migratoire. Les deux présidents ont convenu de reprendre immédiatement la coordination dans ces domaines, aujourd’hui cruciaux à l’heure des tensions régionales et des défis partagés (terrorisme, trafics, stabilité du Sahel).

Les autorités algériennes ont toujours manifesté leur volonté de travailler avec la France sur ces enjeux, à condition que le respect mutuel soit au rendez-vous. L’approche choisie aujourd’hui privilégie la concertation et la recherche de solutions concrètes, loin des injonctions ou des pressions unilatérales. Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, qui se targuait il y a peu de ses origines algériennes, se rendra prochainement en Algérie pour relancer la coopération judiciaire, dans un climat qu’on espère apaisé.

Économie : priorité à un partenariat équilibré

Autre pilier de la relance : l’économie. Emmanuel Macron a assuré à son homologue algérien du soutien de la France dans le processus de renégociation de l’accord de partenariat entre l’Algérie et l’Union européenne, en vue d’un meilleur équilibre. Cette annonce, bien accueillie à Alger, marque une inflexion notable dans la diplomatie économique française, qui reconnaît le droit de l’Algérie à défendre ses intérêts industriels, agricoles et commerciaux dans un cadre plus équitable.

Les présidents souhaitent aussi relancer les investissements, les coopérations sectorielles (énergie, start-up, infrastructures), et la formation des jeunes. La relance de la relation ne peut se limiter au politique : elle devra toucher la société, les entreprises, les universités et les territoires.

Un signal clair : la diplomatie présidentielle reprend la main

Le fait que le communiqué officiel ne mentionne pas Bruno Retailleau, pourtant présent à la réunion du 1er avril à l’Élysée, n’est pas anodin. Représentant d’une ligne dure ces derniers mois, Retailleau avait incarné une posture offensive à l’égard d’Alger. En mettant en avant des ministres porteurs de coopération (Barrot, Darmanin, Dati, Lombard), Emmanuel Macron envoie un signal : la relance des relations algéro-françaises ne se fera ni sur le mode de l’affrontement, ni par la surenchère partisane, mais par la volonté politique et le respect mutuel.

Ce que Jean-Noël Barrot pourrait annoncer à Alger

  • Signature d’un calendrier de reprise du dialogue bilatéral, structuré jusqu’à la fin 2025.
  • Réunion du comité mixte d’historiens en France dès ce printemps, en vue d’une restitution présidentielle à l’été.
  • Relance du dialogue migratoire, avec de nouveaux dispositifs de mobilité encadrée et d’aide à la formation.
  • Appui diplomatique au processus de renégociation entre l’Algérie et l’UE, avec soutien technique de la France.
  • Feuille de route économique conjointe, avec un accent mis sur les investissements durables et les partenariats industriels.
  • Préparation d’un sommet présidentiel France–Algérie avant fin 2025, autour d’une déclaration politique conjointe.
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