Nord-Kivu : le gouverneur militaire suspend les salaires des agents restés à Goma


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Evariste Kakule Somo, nouveau gouverneur militaire du Nord-Kivu
Evariste Kakule Somo, nouveau gouverneur militaire du Nord-Kivu

Le gouverneur militaire du Nord-Kivu, le général-major Evariste Somo Kakule, a annoncé la mise en congé technique des cadres et agents des services publics de la province qui ne se sont pas encore déplacés à Beni. Cette ville est désormais le chef-lieu provisoire du Nord-Kivu. Cette décision, prise pour cause de force majeure, a été officialisée dans une circulaire publiée ce lundi 31 mars.

Depuis sa nomination à la tête de la province du Nord-Kivu, le successeur de Peter Cirimwami a installé son administration à Beni devenue le chef-lieu provisoire de la province, Goma étant tombée aux mains des rebelles. Mais, dans les faits, tous les agents des services publics qui étaient en poste à Goma ne se sont pas déplacés vers Beni. Ce qui a amené le général-major Evariste Somo Kakule à prendre une décision officialisée par une note plaçant en congé technique les agents concernés.

Une suspension des obligations réciproques

Dans cette note adressée aux membres de son cabinet, aux responsables des services publics ainsi qu’aux cadres et agents de l’administration provinciale, le gouverneur justifie cette mesure par la nécessité de rationaliser la gestion du personnel sous son autorité. Il souligne également les contraintes budgétaires imposées par l’occupation d’une grande partie de la province par les forces AFC-M23 soutenues par le Rwanda.

Selon la circulaire, durant la période de congé technique, les obligations entre l’employeur et les employés sont suspendues. En clair, les agents concernés ne percevront plus leur salaire durant la période de ce congé technique. La note précise cependant que les cadres et agents n’ayant pas prêté allégeance aux forces occupantes continueront de bénéficier au moins d’une prise en charge médicale.

Des réactions contrastées au sein de la population et une administration fragilisée

L’annonce de cette mesure a suscité des réactions mitigées au sein de la population et des acteurs locaux. Certains dénoncent une décision qui semble sanctionner les agents de l’État restés à Goma, alors que l’insécurité ne leur permettait souvent pas de rejoindre Beni. Des observateurs estiment que cette décision pourrait être perçue comme un aveu implicite de l’incapacité des autorités à récupérer les territoires occupés, envoyant ainsi un signal décourageant. D’autres critiquent le manque de prise en compte des réalités locales, soulignant que de nombreux agents de l’État ne peuvent pas se déplacer à Beni faute de garanties en matière de logement, de prise en charge ou encore de scolarité pour leurs enfants.

La mise en congé technique d’une partie du personnel administratif risque de peser plus lourdement sur le fonctionnement des services publics au Nord-Kivu. La population, déjà éprouvée par l’instabilité et les affrontements, craint que cette mesure n’aggrave davantage la situation socio-économique de la province. Alors que des questions persistent sur l’avenir proche de la province, cette décision soulève de nombreuses interrogations quant à l’efficacité de la gouvernance en période de crise. Reste à savoir quelles seront les prochaines étapes envisagées par les autorités pour assurer la continuité du service public dans un contexte aussi complexe.

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Par Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
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