Nord-Kivu : le gouverneur militaire reporte la mesure prise contre les fonctionnaires restés à Goma


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Evariste Kakule Somo, nouveau gouverneur militaire du Nord-Kivu
Evariste Kakule Somo, nouveau gouverneur militaire du Nord-Kivu

Le gouverneur militaire du Nord-Kivu, le général-major Évariste Somo Kakule, a annoncé le report de sa note circulaire du 31 mars 2025 concernant la mise en congé technique des fonctionnaires toujours présents à Goma sous domination de la rébellion de l’AFC/M23. Cette décision fait suite à une instruction du ministre de l’Intérieur, Sécurité et Décentralisation, Jacquemain Shabani.

Le lundi 31 mars 2025, le gouverneur militaire de la province du Nord-Kivu avait publié une note circulaire qui annonçait la mise en congé technique des agents de l’État qui ne se sont pas déplacés vers Beni, le chef-lieu provisoire de la province et qui étaient encore en poste dans la ville de Goma. Cependant, face aux difficultés sécuritaires et logistiques, le ministre de l’Intérieur a demandé l’annulation de cette mesure par un message officiel publié, le mardi 1er avril 2025. Cette directive a été immédiatement suivie par le gouverneur militaire, qui a confirmé le maintien des fonctionnaires dans leurs localités respectives afin d’éviter tout risque de persécutions ou d’exactions, notamment à Goma.

Maintien des avantages sociaux

Avec le report de la mesure du gouverneur, les droits et avantages sociaux des fonctionnaires de l’État restent garantis. La prise en charge médicale et les autres prestations administratives seront maintenues, sauf pour les agents ayant fait allégeance à l’AFC/M23, comme précisé dans la circulaire du général-major Évariste Somo Kakule. Ce rétropédalage du gouverneur vient soulager la population et les acteurs locaux qui voyaient d’un mauvais œil la mesure prise par l’autorité provinciale.

Si certains dénonçaient une décision qui semblait sanctionner les agents de l’État restés à Goma, alors que l’insécurité ne leur permettait souvent pas de rejoindre Beni, d’autres estimaient que cette décision pourrait être interprétée comme un aveu implicite de l’incapacité des autorités à récupérer les territoires occupés, envoyant ainsi un signal décourageant. Un autre groupe fustigeait le manque de prise en compte des réalités locales, soulignant que de nombreux agents de l’État ne peuvent pas se déplacer à Beni faute de garanties en matière de logement, de prise en charge ou encore de scolarité pour leurs enfants.

Un contexte sécuritaire toujours préoccupant

La province du Nord-Kivu est depuis plusieurs mois le théâtre d’affrontements entre l’armée congolaise et la rébellion de l’AFC/M23, qui contrôle plusieurs localités stratégiques. Dans ce climat de tension, la gestion des fonctionnaires et des services publics en territoire occupé reste un défi majeur pour l’administration provinciale et le gouvernement central.

Par ailleurs, le ministre de l’Intérieur a également demandé au gouverneur militaire de dresser un état des lieux de la situation depuis sa prise de fonctions, ce qui pourrait ouvrir la voie à de nouvelles décisions visant à stabiliser l’administration publique en période de crise. Alors que la situation sécuritaire demeure volatile, les autorités congolaises tentent de concilier impératifs administratifs et réalité du terrain pour garantir la continuité des services publics dans cette province en proie aux conflits.

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Par Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
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