Niger : la junte libère une cinquantaine de détenus politiques, mais pas Bazoum


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Mohamed Bazoum, Président déchu du Niger
Mohamed Bazoum, Président déchu du Niger

Les autorités nigériennes ont annoncé, mardi 1er avril, la libération d’une cinquantaine de personnes arrêtées après le coup d’État de juillet 2023. Au nombre des bénéficiaires de cette remise en liberté figurent des cadres de l’ancien régime. Mohamed Bazoum reste, pour sa part, en détention.

Au soir du mardi 1er avril 2025, le secrétaire général du gouvernement nigérien a donné lecture à la télévision nationale d’un communiqué annonçant la remise en liberté d’une cinquantaine de personnalités emprisonnées. Parmi elles figurent d’anciens ministres du gouvernement renversé, des responsables politiques, un ancien ambassadeur, un journaliste ainsi que des militaires accusés de tentatives de putsch dans les années 2010. Cependant, l’ancien président Mohamed Bazoum reste en détention.

Une libération conforme aux recommandations des assises nationales

L’annonce s’inscrit dans le cadre des recommandations des assises nationales tenues récemment dans le pays. « Ces personnes bénéficient d’une remise en liberté conformément aux recommandations des assises nationales pour la refondation », a précisé le secrétaire général. Pendant plusieurs minutes, les noms des personnalités libérées ont été énumérés. Parmi elles, on retrouve Mahamane Sani Issoufou, ancien ministre du Pétrole et fils de l’ex-président Mahamadou Issoufou (2011-2021), ainsi que Kalla Moutari, ex-ministre de la Défense, Ahmed Djidoud, ancien ministre des Finances, et Ibrahim Yacoubou, ex-ministre de l’Énergie.

D’autres figures importantes du régime déchu ont également recouvré la liberté, dont Foumakoye Gado, président du PNDS, l’ancien parti au pouvoir, ainsi que le journaliste Ousmane Toudou.

Mohamed Bazoum toujours en détention

Malgré cette vague de libérations, l’ancien Président Mohamed Bazoum, renversé par le général Abdourahamane Tiani le 26 juillet 2023, demeure en détention. Cette situation soulève des interrogations quant aux intentions de la junte. Selon certains analystes, la rétention de Bazoum pourrait être motivée par des considérations politiques et stratégiques. Son maintien en prison permettrait à la junte de préserver son autorité et d’éviter qu’il ne mobilise ses partisans. Il est à préciser que l’ancien Président fait l’objet de lourdes accusations notamment celles de haute trahison, d’atteinte à la sûreté de l’État, et d’apologie du terrorisme. Dans le cadre de l’enquête préliminaire de la procédure enclenchée contre lui, il a été auditionné en août dernier par des gendarmes.

À plusieurs reprises, des demandes de remise en liberté de Mohamed Bazoum et de son épouse ont été formulées. La dernière en date est celle de l’ONU qui remonte à février. Mais à chaque fois, le régime nigérien est resté sourd à ces appels.

Un geste d’apaisement ou une stratégie politique ?

La libération de ces détenus pourrait être interprétée comme un geste d’ouverture de la part du régime militaire. Cependant, la junte reste confrontée à des tensions internes et à des critiques internationales. Cette décision pourrait ainsi viser à renforcer sa légitimité tout en maintenant le contrôle sur les figures politiques les plus influentes, notamment Mohamed Bazoum. Mais ce n’est pas la première fois que des figures de l’ancien régime emprisonnées ont été remises en liberté. En juillet dernier, quatre anciens ministres jetés en prison après le coup d’État du 26 juillet 2023 ont été relaxés. Il s’agissait des anciens ministres de l’Intérieur, Hama Adamou Souley, des Finances, Ahmat Djidoud, du Plan, Rabiou Abdou, et de l’Énergie, Yacouba Ibrahim.

Il est clair que le régime de Tiani tente de consolider son pouvoir face aux défis diplomatiques et sécuritaires. D’autant plus que le général vient d’être officiellement investi pour présider aux destinées du Niger pendant 5 ans renouvelables. Ad vitam æternam ?

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Par Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
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