Maroc–Israël : l’alliance des avocats prend racine dans le Gharb


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La production d’avocats au Maroc attire les investissements du groupe agricole israélien Mehadrin.
La production d’avocats au Maroc attire les investissements du groupe agricole israélien Mehadrin. Illustration généré avec IA

Le groupe agricole israélien Mehadrin vise désormais un millier d’hectares d’avocatiers au Maroc. Né en 2021 d’une coentreprise avec un exploitant de Souk El Arbaâ, le projet prend de l’ampleur au moment où la filière marocaine sort d’une campagne difficile et où l’eau du Gharb est observée de près.

Le chiffre a été donné début octobre par le site spécialisé FreshPlaza. Anthony de Cuba, nouveau directeur général de Mehadrin Holland, la filiale néerlandaise du groupe, y indique que la société veut atteindre environ 1 000 hectares d’avocats en production propre au Maroc d’ici cinq ans. En 2021, au moment de se lancer hors de ses frontières, Mehadrin exploitait quelque 750 hectares d’avocatiers en Israël. Le verger marocain visé dépasserait donc celui qui a fait la réputation du groupe dans ce fruit.

Une coentreprise signée après la normalisation

Tout commence en avril 2021, quatre mois après le rétablissement des relations diplomatiques entre Rabat et Israël. Le quotidien économique israélien Globes annonce alors que Mehadrin, longtemps associé aux agrumes, va cultiver pour la première fois à l’étranger. Le montage prévoit une société commune détenue à 51 % par le groupe israélien, la location d’au moins 455 hectares à l’État marocain et un investissement conjoint de 80 millions de dirhams sur les trois premières années. La production pourrait atteindre 10 000 tonnes par an, écoulées surtout en Europe, les fruits impropres à l’export étant vendus sur le marché local.

En août de la même année, Le Desk lève le voile sur le partenaire marocain, Younes Cherdoud, producteur de fruits et légumes établi à Souk El Arbaâ du Gharb, qui exporte déjà vers l’Espagne et y dispose de relais commerciaux. Shaul Shelach, alors à la tête de Mehadrin, met en avant des coûts bien inférieurs à ceux d’Israël et la proximité des clients européens. Il évoque aussi un prix de l’eau qu’il jugeait négligeable au Maroc comparé à celui payé dans son pays.

Les premiers arbres n’ont été plantés qu’au début de 2024, d’après Hespress, qui situe l’exploitation dans le nord du Gharb. Le groupe a entre-temps structuré son expansion. Une entité agricole marocaine a vu le jour en 2023, avec un programme de 1 000 hectares d’avocats et 400 hectares d’agrumes selon FreshPlaza. Mehadrin a ensuite racheté Don Fermín, une ferme d’agrumes et d’avocats située à Chincha, au Pérou.

Un calendrier calqué sur celui d’Israël

L’acquisition péruvienne éclaire la fonction confiée au royaume. Dans son entretien d’octobre, Anthony de Cuba admet que la saison marocaine recoupe largement celle d’Israël. Pour livrer les distributeurs européens douze mois sur douze, une production dans l’hémisphère Sud est indispensable, et les premiers avocats de la ferme péruvienne ont gagné l’Europe cette année. Le Gharb permet donc de produire moins cher et plus près des clients, sur la même période que les vergers israéliens. La filiale néerlandaise fait le lien avec la grande distribution, rôle que son dirigeant justifie par les écarts d’exigences et de méthodes entre un détaillant européen et un producteur marocain.

Ce chevauchement des saisons pèse sur les exportateurs marocains indépendants. Pendant la campagne 2025-2026, les expéditions du royaume sont retombées à 58 000 tonnes, après une saison record à plus de 100 000 tonnes, selon l’Association marocaine de l’avocat (MAVA), qui met en cause la chaleur, des fermetures ponctuelles de ports et le manque de transport. Un professionnel interrogé par Hespress ajoutait une autre cause au ralentissement des ventes observé à partir d’octobre avec l’afflux d’avocats d’origine israélienne sur les marchés européens. Mehadrin, qui expédie depuis Israël et produit désormais dans le Gharb, occupe une place singulière dans cette concurrence.

Des terres de l’État et une eau sous surveillance

La plaine du Sebou, irriguée par un réseau de barrages et de canaux, compte parmi les zones les mieux pourvues en eau du pays. Avec le Loukkos, elle rassemble l’essentiel des vergers d’avocatiers marocains. Cette relative abondance attire des investisseurs étrangers, israéliens mais aussi espagnols et portugais.

Elle suscite également des craintes. En août 2024, Hespress a rencontré Hamid Achtouki, un agriculteur qui a vendu sa ferme de Sidi Allal El Bahraoui, près de Khémisset, après l’assèchement des puits de la zone, pour repartir dans le nord du Gharb. Quelques années plus tard, l’exploitation de Mehadrin s’est installée à côté de la sienne, avec des équipements hydrauliques sans rapport avec ceux du voisinage. Lui et d’autres exploitants redoutent de revivre ce qu’ils ont connu plus au sud avec une baisse des nappes.

Quelques estimations existent et en février 2024, un agronome cité anonymement par The New Arab évaluait les besoins d’un hectare d’avocatiers irrigué au goutte-à-goutte entre 4 000 et 8 000 m³ par an, soit 2,5 à 4 millions de m³ pour le projet initial de 500 hectares. À pratiques constantes, le passage à 1 000 hectares doublerait ce volume. À l’échelle nationale, les bilans officiels relayés en 2022 chiffraient la surexploitation des principales nappes à environ 1,1 milliard de m³ par an. L’État a depuis cessé de subventionner la filière avocat. L’ancien ministre de l’Agriculture Mohammed Sadiki relativisait pour sa part le poids de cette culture, moins de 10 000 hectares sur 1,6 million d’hectares irrigués, en faisant valoir que l’eau utilisée dans le Gharb finissait souvent en mer.

À notre connaissance, ni Mehadrin ni son associé marocain n’ont rendu publics les rendements de la ferme du Gharb, les volumes d’eau prélevés ou le nombre d’emplois créés. Ces données manquent pour évaluer ce que le Maroc retire d’un projet appelé à doubler de surface.

Ali Attar
Ali Attar est un spécialiste reconnu de l'actualité du Maghreb. Ses analyses politiques, sa connaissance des réseaux, en font une référence de l'actualité de la région.
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