
Le Rwanda est en deuil. Alain Mukuralinda, porte-parole adjoint du gouvernement, s’est éteint jeudi 3 avril 2025 à l’âge de 55 ans, à l’hôpital King Faisal de Kigali, terrassé par une crise cardiaque.
La nouvelle a été annoncée, ce jeudi, dans un communiqué officiel par le gouvernement rwandais qui a exprimé sa « profonde tristesse » face à la disparition d’un de ses serviteurs les plus emblématiques. « Nous avons la profonde tristesse d’annoncer le décès de notre collègue Alain Mukuralinda, Porte-parole du Gouvernement Adjoint, survenu à l’hôpital KFH, des suites d’une crise cardiaque », peut-on lire dans le texte diffusé dans la matinée de ce jeudi.
Juriste de formation, haut fonctionnaire de l’État, ancien procureur national, mais aussi musicien reconnu sous le nom de scène Alain Muku, il incarnait une rare synthèse entre l’exigence de la vie publique et la sensibilité de l’artiste. Sa disparition laisse un vide dans plusieurs sphères de la vie nationale : judiciaire, médiatique, politique, mais aussi culturelle.
Un parcours au service de la justice
Né en 1969, Alain Mukuralinda commence son parcours académique en Belgique, où il effectue des études de droit dans les années 1990. De retour au Rwanda, dans un pays encore marqué par le génocide contre les Tutsi de 1994, il intègre le parquet en 2002. Il y entame une carrière ascensionnelle qui le conduit à occuper les fonctions de porte-parole du bureau du procureur, puis de procureur national.
Pendant plus d’une décennie, il s’impose comme une figure de premier plan de la justice rwandaise. Il est notamment impliqué dans des dossiers complexes, liés à la traque des présumés génocidaires, mais aussi dans le très médiatisé procès de l’opposante Victoire Ingabire, jugée pour terrorisme et divisionnisme entre 2012 et 2013. Dans ces affaires sensibles, il devient le visage d’une justice qui, pour ses partisans, incarne la stabilité retrouvée du pays, et pour ses détracteurs, reflète un pouvoir judiciaire instrumentalisé.
Une reconversion dans la communication gouvernementale
Après avoir quitté le parquet en 2015, Alain Mukuralinda poursuit son engagement dans les affaires publiques en rejoignant la sphère de la communication institutionnelle. En décembre 2021, il devient porte-parole adjoint du gouvernement, secondant Yolande Makolo dans les relations avec les médias et la communication stratégique de l’exécutif. Dans ce rôle, il fait preuve d’une aisance remarquable, héritée de ses années dans les prétoires et les studios télévisés.
Sa voix posée, son style mesuré et sa connaissance fine des dossiers en faisaient un interlocuteur respecté, tant au niveau national qu’international. Il représentait le gouvernement lors de conférences de presse, répondait aux journalistes étrangers et participait régulièrement à des émissions d’analyse, où sa capacité à vulgariser des sujets complexes était saluée.
Un artiste dans l’âme
Mais Alain Mukuralinda n’était pas qu’un homme d’État. Sous le pseudonyme Alain Muku, il nourrissait depuis plusieurs années une passion pour la musique. Auteur-compositeur, il s’était taillé une place sur la scène culturelle rwandaise avec des chansons mêlant patriotisme, spiritualité et rythmes populaires. L’un de ses titres les plus connus est devenu un hymne non officiel de l’équipe nationale de football du Rwanda, témoignant de son attachement à la nation et de son désir de contribuer, par l’art, au sentiment d’unité nationale. Cette double identité — homme de loi et homme de scène — lui valait une popularité qui dépassait les clivages habituels, tant il incarnait une forme d’équilibre entre rigueur intellectuelle et émotion artistique.
La nouvelle de sa mort a déclenché une vague d’émotion au sein de la population rwandaise. Sur les réseaux sociaux, anonymes et personnalités publiques ont rendu hommage à un homme « accessible », « intègre », et « profondément engagé pour son pays ». Plusieurs membres du gouvernement, des journalistes, des artistes, mais aussi d’anciens collègues du ministère public, ont partagé leur chagrin et leur reconnaissance.