
L’annonce par Donald Trump du rétablissement de tarifs douaniers sur des produits agricoles européens, dont l’huile d’olive, rebat les cartes du marché mondial. Alors que l’Espagne, l’Italie et la Grèce — poids lourds du secteur — verraient leur compétitivité chuter sur le marché américain, des producteurs africains comme le Maroc ou encore, dans une moindre mesure, l’Afrique du Sud, entrevoient des opportunités nouvelles. La Tunisie, pourtant deuxième exportateur mondial, fait face à une situation différente avec des tarifs douanier en forte hausse. Cette redistribution des rôles sur un marché où 98% de l’huile d’olive consommée aux États-Unis est importée ne se fait pas sans tension ni incertitude.
L’Europe sanctionnée, l’Afrique différemment impactée
Depuis l’entrée en vigueur des droits de douane de 20% sur les huiles d’olive européennes exportées vers les États-Unis, les principaux exportateurs du bassin méditerranéen sont frappés de plein fouet. L’Espagne, premier fournisseur d’huile d’olive aux États-Unis et dont le secteur représente 6 milliards d’euros et 12% des exportations alimentaires nationales, pourrait perdre jusqu’à 40% de ses parts de marché.
Ce recul des pays européens ouvre une brèche pour certains pays tiers, mais pas tous. En effet, le paysage des tarifs douaniers dessine une nouvelle hiérarchie :
- 20% pour les pays de l’UE (Espagne, Italie, Grèce)
- 10% pour plusieurs concurrents dont le Maroc, mais aussi la Turquie, l’Australie, l’Argentine et le Chili
- 28% pour la Tunisie qui serait le grand perdant
- 30% pour l’Algérie, qui verrait la progression de son secteur oléicole stoppé
- 41% pour la Syrie
La Tunisie, deuxième exportateur mondial d’huile d’olive derrière l’Espagne en 2020 (grâce notamment à un accord préférentiel avec l’UE), se retrouve ainsi paradoxalement encore plus pénalisée que les producteurs européens, avec des droits de douane atteignant 28%. Son positionnement sur le marché américain serait donc très fragilisé malgré son savoir-faire reconnu.
De son côté, le Maroc, dont la production a fortement progressé au cours des dernières décennies et qui bénéficie d’un tarif préférentiel de 10%, travaille à renforcer la valorisation de ses huiles d’olive, notamment biologiques ou issues de terroirs spécifiques (Meknès, Taounate, Fès, etc.). Ces produits haut de gamme pourraient séduire une clientèle américaine soucieuse d’authenticité et de traçabilité.
Enfin, l’Afrique du Sud, bien que modeste producteur, commence à faire valoir la qualité de ses huiles d’olive dans une logique de niche.
Un marché américain en mutation et fortement dépendant
L’impact des droits de douane se fait également sentir côté consommateurs américains. Sur un marché qui consomme environ 360 000 tonnes annuelles mais n’en produit que 20 000 (soit à peine 5% de ses besoins), la dépendance aux importations est massive. Les nouveaux tarifs douaniers auront donc un impact direct sur les prix pour le consommateur final.
L’huile d’olive, déjà perçue comme un produit premium aux États-Unis, voit ses prix grimper. Cela ouvre la voie à de nouveaux fournisseurs, plus compétitifs — ce que certains producteurs africains comme le Maroc peuvent être grâce au tarif préférentiel de 10% et à un coût de main-d’œuvre plus faible.
Mais ce repositionnement n’est pas sans obstacles. Les marchés nord-américains sont exigeants sur les normes sanitaires, la traçabilité, les certifications biologiques, ou encore l’origine contrôlée. De nombreux producteurs africains doivent encore structurer leurs filières pour répondre à ces exigences.
Des gagnants conditionnels
Les producteurs africains vont devoir faire face à de nouveaux concurrents comme la Turquie, l’Argentine ou le Chili, également soumis à des droits de 10%. Ces pays cherchent aussi à combler le vide laissé par l’Europe. La compétition reste donc vive, y compris entre pays du Sud.
De plus, l’instabilité des décisions commerciales américaines, souvent imprévisibles sous l’ère Trump, rend cette fenêtre d’opportunité fragile. Une levée soudaine des tarifs, un changement de majorité ou une guerre commerciale plus large pourrait très vite refermer cette parenthèse. Certains producteurs espagnols ont déjà réagi en établissant des usines d’embouteillage aux États-Unis pour contourner les tarifs, une stratégie qui pourrait inspirer d’autres acteurs du secteur.