Gérald Moussa Darmanin : du discours sur ses racines algériennes à l’alignement avec le RN


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Gérald Darmanin, ministre français de l'Intérieur
Gérald Darmanin, ministre français de l'Intérieur

Alors qu’en septembre 2024, Gérald Darmanin quittait le ministère de l’Intérieur avec un discours sur ses origines algériennes, le nouveau ministre de la Justice adopte aujourd’hui une position radicalement différente. Son appel à supprimer les facilités de visa pour les officiels algériens et sa volonté d’abroger les accords de 1968 marquent un virage diplomatique majeur. Ce repositionnement s’inscrit dans une nouvelle configuration politique où le rapprochement avec le RN dessine les contours d’une alliance inédite.

En septembre 2024, lors de son départ du ministère de l’Intérieur, Gérald Darmanin livrait un discours émouvant sur ses origines. « Je m’appelle Gérald Moussa Jean Darmanin« , déclarait-il alors, évoquant son grand-père, tirailleur algérien ayant combattu pour la France, qui lui avait inspiré son second prénom. Ce moment fort illustrait, selon lui, la « beauté de la République« , permettant à un « double petit-fils d’immigrés, fils de femme de ménage » d’accéder aux plus hautes fonctions de l’État.

Mais il est loin le temps des indigènes qui se sont sacrifiés pour sauver la France. Aujourd’hui le temps est à l’opportunisme politique. Et c’est désormais le Maroc qui tient la corde. Le royaume chérifien qui était hier dans le collimateur du ministre de l’Intérieur en tant que premier exportateur mondial de drogue vers l’Europe est devenu l’exemple à suivre par le désormais nouveau ministre de la justice.

Un durcissement de ton face à l’Algérie

En effet, depuis sa nomination comme ministre de la Justice, Darmanin a viré sa cuti. Ses récentes interventions sur LCI en témoignent : « Il y a un accord de 2013 qui est un accord gouvernemental qui permet à ceux qui ont un passeport officiel, un passeport diplomatique algérien, il y en a des milliers, de venir en France sans visa pour pouvoir circuler librement. »

Il plaide désormais pour « supprimer cette facilité », tout en précisant que cette « mesure de rétorsion » ne toucherait pas « les 10% de nos compatriotes qui ont des liens de sang, de sol, de culture » avec la France. Il ne précise pas cependant que cette mesure ne touchera pas non plus les personnes recherchées par l’Algérie qui sont en France, notamment des personnes ayant détournés des fonds publics il y a quelques années et qui se promènent aujourd’hui dans les rues des quartiers chics de Paris avec l’argent des Algériens.

Les accords de 1968 au cœur des tensions

Les accords franco-algériens de 1968, que Darmanin souhaite aujourd’hui « abroger », constituent le socle historique des relations migratoires entre les deux pays. Si ces accords accordent aux ressortissants algériens certains avantages, comme l’obtention plus rapide d’un titre de séjour de 10 ans ou des conditions assouplies pour le regroupement familial, ils comportent aussi des restrictions significatives. Paradoxalement, leur abrogation pourrait même s’avérer favorable à certaines catégories d’Algériens, notamment les étudiants.

En effet, l’accord impose aux étudiants algériens des contraintes particulières : ils ne peuvent travailler que 50% de la durée annuelle de travail (contre 60% pour les autres nationalités) et doivent obtenir une autorisation provisoire de travail. De plus, ils n’ont pas accès à certains dispositifs créés après 2003, comme la carte « passeport talent » ou les programmes de mobilité étudiante. Ces limitations, souvent méconnues, nuancent l’idée d’un régime systématiquement favorable aux ressortissants algériens.

Cette évolution du discours de Darmanin s’inscrit dans un contexte plus large de recomposition politique. Le rapprochement entre la droite traditionnelle et le Rassemblement National se concrétise notamment à travers le prisme des relations franco-marocaines. L’obtention par le RN de la présidence du groupe d’amitié France-Maroc à l’Assemblée nationale marque une étape significative dans cette nouvelle configuration diplomatique. C’est le parti Socialiste qui a choisi de présider le groupe d’amitié France-Algérie.

La trajectoire de Darmanin illustre les complexités de la politique française contemporaine, où les questions d’identité et de diplomatie s’entremêlent étroitement. Si certains y voient un reniement de ses racines, d’autres considèrent ce repositionnement comme le reflet d’une vision pragmatique des relations internationales.

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