Disparition d’Amadou Bagayoko, figure emblématique du duo Amadou & Mariam


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Amadou et Mariam
Amadou et Mariam

Le monde de la musique pleure la disparition d’Amadou Bagayoko, guitariste et chanteur malien, survenue ce vendredi à Bamako à l’âge de 70 ans. Le musicien, qui formait depuis les années 1980 le duo mythique Amadou & Mariam avec son épouse Mariam Doumbia, est décédé des suites d’une maladie, a confirmé sa famille.

Amadou a laissé Mariam. Le célèbre duo, auteur de la mythique chanson « Mon amour, ma chérie » n’égaiera plus jamais le public avec leurs voix et leurs mélodies envoûtantes, puisqu’Amadou a rendu l’âme ce vendredi à Bamako. « Il était souffrant depuis un certain temps », a déclaré son beau-fils Youssouf Fadiga à l’AFP. Le ministre malien de la Culture, Mamou Daffé, a exprimé sa « consternation », saluant la mémoire d’un artiste « engagé et rayonnant ». Selon leur manager, Yannick Tardy, Amadou Bagayoko est décédé « de façon subite » dans l’après-midi après avoir été transporté à la clinique.

Une vie dédiée à la musique

Né à Bamako le 24 octobre 1954, Amadou Bagayoko perd la vue à l’adolescence à la suite d’une cataracte congénitale. Très tôt attiré par la musique, il commence par les percussions, puis explore l’harmonica, la flûte, avant de se consacrer pleinement à la guitare. Nourri des influences de Jimi Hendrix, Led Zeppelin, John Lee Hooker ou encore des musiques cubaines, il développe un style singulier, à la croisée des cultures.
Dans les années 1970, il intègre plusieurs formations importantes, dont les Ambassadeurs du Motel, groupe phare du Mali ayant compté Salif Keïta dans ses rangs. Parallèlement, il rejoint l’Institut des jeunes aveugles de Bamako, où il rencontre Mariam Doumbia. Ensemble, ils créent une troupe musicale, puis un orchestre, avant de former leur duo en 1980, année de leur mariage.

Du succès en Afrique à la reconnaissance mondiale

Leur ascension internationale débute en 1998 avec la sortie de l’album Sou Ni Tilé (Nuit et jour) et le titre « Mon amour, ma chérie ». Mais c’est en 2004 que le duo conquiert le monde avec « Un Dimanche à Bamako », album produit par Manu Chao. Le disque, véritable phénomène, remporte le prix du meilleur album world de l’année des Victoires de la Musique en mars 2005. Les années suivantes voient le couple collaborer avec des artistes venus de tous horizons : Damon Albarn, Tiken Jah Fakoly, K’Naan, Keziah Jones, ou encore Santigold. Leur musique transcende les frontières et porte les valeurs de solidarité, d’amour et d’universalité.

En 2009, ils assurent la première partie de Coldplay aux États-Unis, participent au concert du prix Nobel de la Paix en l’honneur de Barack Obama, puis à la cérémonie d’ouverture de la Coupe du monde de football en Afrique du Sud, en 2010.

Un adieu en musique

En 2024, le duo sort un best-of intitulé La Vie est belle, reprenant leurs plus grands titres ainsi que quelques inédits. Lors de la cérémonie de clôture des Jeux paralympiques de Paris, Amadou & Mariam interprètent une version bouleversante de « Je suis venu te dire que je m’en vais » de Serge Gainsbourg. Un moment devenu aujourd’hui tristement prémonitoire.

Avec la disparition d’Amadou Bagayoko, c’est toute une génération de musiciens qui perd un guide. Mais l’écho de sa guitare, sa voix douce et les messages portés avec Mariam résonneront encore longtemps. Leur musique, porteuse d’espoir et de lumière, reste gravée dans les cœurs.

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Par Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
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