Côte d’Ivoire : contre l’orpaillage clandestin, Abidjan cible les financiers et les fleuves


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Côte d’Ivoire : l’offensive d’Abidjan contre l’économie de l’orpaillage illégal
Le gouvernement ivoirien veut désormais dépasser la simple destruction des sites clandestins pour remonter jusqu’aux soutiens logistiques et financiers de l’orpaillage illégal. Image IA

Face à l’extension de l’orpaillage clandestin, le gouvernement ivoirien change d’échelle. Vingt et un pelotons de sécurité fluviale, davantage de brigades spécialisées, des sanctions renforcées et un moratoire de six mois sur certaines autorisations minières : Abidjan veut reprendre le contrôle d’un phénomène qui touche désormais presque tout le pays.

Le message envoyé depuis le Palais présidentiel d’Abidjan ne laisse aucune place à l’ambiguïté. Réuni ce jeudi 17 septembre sous la présidence d’Alassane Ouattara, le Conseil national de sécurité (CNS) a décidé de renforcer le dispositif de lutte contre l’orpaillage illégal. Une offensive qui intervient après l’atelier national organisé à Yamoussoukro les 4 et 5 septembre, au cours duquel les préfets de région se sont engagés à obtenir des résultats dans un délai de six mois.

Le front des fleuves sous surveillance

L’une des principales nouveautés concerne les cours d’eau. Vingt et un pelotons de sécurité fluviale seront créés pour assurer une surveillance permanente des quatre grands fleuves ivoiriens – La Comoé, le Bandama, le Cavally, le Sassandra – et de leurs affluents. Le gouvernement ivoirien entend ainsi s’attaquer à un mode d’exploitation particulièrement destructeur, qui permet aux activités clandestines de se déplacer rapidement d’un site à l’autre.

Le Groupement spécial de lutte contre l’orpaillage illégal (GS-LOI) verra également le nombre de ses brigades opérationnelles augmenter. Plus largement, les opérations menées ces dernières semaines donnent une idée de l’ampleur du chantier. Le 28 août, la Brigade spéciale de surveillance et d’intervention (BSSI) avait ainsi détruit 18 dragues et démantelé neuf laveries clandestines à Ziekoudougou, dans le département de Tengréla.

Les financiers dans le viseur

Abidjan veut aussi dépasser la simple destruction des sites. Une nouvelle loi doit prochainement alourdir les peines applicables aux infractions liées à l’orpaillage clandestin. Surtout, la complicité logistique ou financière devrait désormais constituer une infraction autonome.

C’est probablement l’un des principaux changements de doctrine. Jusqu’ici, la lutte contre l’orpaillage clandestin était surtout visible à travers les opérations de terrain : évacuation de sites, destruction de dragues ou saisie de matériels. Le nouveau dispositif entend remonter davantage la chaîne, jusqu’aux acteurs qui financent les exploitations, fournissent les équipements ou permettent l’écoulement de l’or. Une manière de s’attaquer à l’économie de l’orpaillage illégal plutôt qu’aux seuls orpailleurs présents sur les sites.

La situation explique cette volonté de durcir le ton. Selon les autorités ivoiriennes, 29 des 31 régions du pays sont aujourd’hui touchées par l’orpaillage illégal. Le phénomène entraîne déforestation, dégradation des terres agricoles et pollution des cours d’eau, notamment par des substances utilisées dans le traitement de l’or.

Réprimer, mais aussi réparer

Le gouvernement ivoirien veut toutefois éviter une réponse limitée à la répression. Les sites dégradés devront être réhabilités grâce notamment aux Travaux à haute intensité de main-d’œuvre (THIMO), avec l’appui du Génie militaire. Des activités génératrices de revenus sont également prévues pour permettre aux orpailleurs ivoiriens de sortir progressivement de cette économie clandestine.

Autre décision forte : un moratoire de six mois sur la délivrance des autorisations d’exploitation minière semi-industrielle et artisanale. Abidjan entend profiter de cette période pour renforcer le contrôle et préparer une meilleure organisation de la filière aurifère. Le gouvernement prévoit notamment de travailler sur la formation professionnelle, la reconversion des jeunes, les comptoirs d’achat, la cartographie du patrimoine minier et la mise en place de raffineries.

Dans six mois, les autorités devront démontrer que cette nouvelle architecture a réellement réduit l’emprise de l’orpaillage clandestin sur les territoires, les rivières et les communautés.

Serge Ouitona
Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
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