Claude Mangin et Naama Asfari : combat pour les droits humains au Sahara occidental et « Marche pour la liberté »


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Marche pour la liberté

Depuis plus de dix ans, Claude Mangin mène un combat acharné pour la libération de son mari Naama Asfari, militant sahraoui condamné à 30 ans de prison au Maroc. Face aux obstacles et aux refus de visite, cette enseignante française s’est engagée dans une lutte qui dépasse désormais sa situation personnelle. Le lancement d’une « Marche pour la liberté » de 3000 km marque une nouvelle étape dans cette mobilisation pour les droits humains au Sahara occidental. Entre engagement politique et histoire d’amour contrariée, retour sur un combat devenu symbole international.

Dans l’ombre des grands conflits internationaux se joue parfois le destin de peuples entiers. Au cœur de l’une de ces luttes méconnues se dresse la figure de Claude Mangin, enseignante française devenue, presque malgré elle, le visage d’un combat pour la justice. Son nom résonne désormais comme un symbole de résistance pacifique face à l’oppression. Épouse du militant sahraoui Naama Asfari, elle représente une persévérance acharnée face aux injustices qui frappent le peuple du Sahara occidental. Leur histoire commune, tissée de douleurs et d’espoirs, illustre le prix personnel que peuvent payer ceux qui défendent les droits humains dans les zones de conflit.

Rencontre et engagement

Le destin de Claude Mangin bascule au début des années 2000, lors de sa rencontre avec Naama Asfari. Ce qui aurait pu n’être qu’une simple histoire d’amour devient rapidement le point de départ d’un engagement politique profond. Claude découvre alors la réalité méconnue du Sahara occidental – territoire colonisé depuis son annexion par le Maroc en 1975 – et la lutte du peuple sahraoui pour son autodétermination.

Naama Asfari, né en 1970, n’est pas un militant ordinaire. Juriste formé aux principes du droit international, cofondateur d’une organisation de défense des droits humains, il s’est imposé comme une voix respectée du mouvement pacifique sahraoui. Son engagement lui vaut déjà, avant sa rencontre avec Claude, plusieurs arrestations par les autorités marocaines qui voient d’un mauvais œil ses activités militantes pourtant non-violentes.

L’arrestation de Naama Asfari et les conditions de détention

Novembre 2010, le campement de protestation pacifique de Gdeim Izik, près de Laâyoune au Sahara occidental, est violemment démantelé par les forces marocaines. Naama Asfari y est arrêté et accusé de participation à des actes violents. S’ensuit un processus judiciaire contesté qui aboutit, en 2013, à sa condamnation à 30 ans de prison. Ce verdict tombe au terme d’un procès que les observateurs internationaux, d’Amnesty International à Human Rights Watch, qualifient unanimement d’inéquitable. Ces organisations documentent méthodiquement les allégations de torture, de mauvais traitements et l’absence criante de garanties procédurales.

Pour Claude Mangin, cette condamnation sonne le début d’un nouveau chapitre de sa vie : celui d’une femme devenue, par la force des circonstances, porte-parole d’une cause. Infatigable, elle multiplie depuis lors les interventions médiatiques, les conférences et les appels aux instances nationales et internationales pour faire reconnaître le statut de prisonnier politique de son époux.

Refus d’entrée au Maroc et lutte incessante

Au-delà de l’injustice de la détention, Claude Mangin se heurte rapidement à un autre obstacle : l’impossibilité même de rendre visite à son mari. Entre 2016 et 2018, les autorités marocaines lui refusent systématiquement l’entrée sur leur territoire, sans jamais fournir de justification officielle à ces refoulements.

Face à ce qu’elle considère comme une violation flagrante de ses droits conjugaux les plus élémentaires, Claude Mangin franchit un cap en 2018 : elle entame une grève de la faim à Ivry-sur-Seine, en région parisienne. Ce geste désespéré trouve un écho inattendu. Associations de défense des droits humains, élus locaux et nationaux, simples citoyens : une vague de solidarité se forme autour de cette femme qui met sa santé en jeu pour simplement pouvoir voir son époux. Après plusieurs semaines d’une mobilisation grandissante, elle obtient finalement un droit de visite, même si celui-ci reste précaire et soumis à d’innombrables contraintes administratives.

Dernières évolutions : la « Marche pour la liberté »

Un périple de 3.000 km pour la libération des prisonniers politiques sahraouis. C’est la nouvelle étape de son combat. Le dimanche 30 mars dernier marque une nouvelle étape dans ce combat de longue haleine avec le lancement d’une initiative aussi symbolique qu’ambitieuse : la « Marche pour la liberté« . Depuis le parvis de la mairie d’Ivry, plusieurs défenseurs des droits humains ont entamé un périple de 3.000 kilomètres qui doit les mener jusqu’au Maroc. Leur revendication est double et claire :

  • Garantir le droit de visite de Claude Mangin auprès de son époux Naama Asfari, emprisonné depuis plus d’une décennie.
  • Obtenir la libération de l’ensemble des prisonniers politiques sahraouis détenus dans les prisons marocaines.

Le départ de cette marche a pris des allures de fête populaire et militante. Des chants et danses traditionnels sahraouis ont rythmé le rassemblement avant que les participants ne s’élancent vers Vitry, première étape d’un trajet qui les conduira à travers la France, puis l’Espagne, jusqu’à la prison de Kénitra où Naama Asfari purge sa peine.

Des discussions pour faire connaître la question sahraouie

Comme l’explique l’Association des amis de la République arabe sahraouie démocratique (AARASD), les participants marcheront « du 30 mars jusqu’au mois de juin afin de rencontrer un maximum de femmes et d’hommes de bonne volonté pour parler des Sahraouis et raconter toute leur histoire si mal connue« . Chaque halte devient ainsi l’occasion de conférences, de discussions et de témoignages destinés à sensibiliser l’opinion publique européenne à un conflit largement ignoré des médias internationaux.

L’appel de l’AARASD et la reconnaissance de l’ONU

L’AARASD souligne la légitimité de cette action en rappelant un fait crucial : « Nous allons marcher pour obtenir la libération de tous ces militants sahraouis détenus pour avoir simplement demandé l’application de leur droit à l’autodétermination reconnu par l’ONU. Et surtout, ne jamais oublier qu’en 2023 l’ONU les a déclarés en détention arbitraire, ce qui signifie obligation de libération. »

Cette déclaration met en lumière un point juridique fondamental : la reconnaissance par les instances onusiennes du caractère arbitraire de ces détentions. Elle transforme ainsi une revendication militante en une exigence fondée sur le droit international, renforçant la légitimité d’une mobilisation qui transcende désormais les frontières.

Une lutte qui se poursuit

Le combat mené par Claude Mangin s’inscrit dans un contexte géopolitique particulièrement complexe. Le Sahara occidental représente l’une des dernières situations coloniales non résolues en Afrique, un territoire où les intérêts stratégiques et économiques s’entremêlent avec les aspirations légitimes d’un peuple à disposer de lui-même. Dans ce jeu d’échecs international, l’engagement de Claude Mangin et de ses soutiens apporte une dimension humaine essentielle.

La « Marche pour la liberté » incarne cette volonté de ramener le débat à l’essentiel : des femmes et des hommes privés de liberté pour avoir défendu pacifiquement leurs convictions. Les objectifs demeurent inchangés :

  • Obtenir la libération de Naama Asfari et des autres prisonniers politiques sahraouis.
  • Alerter l’opinion publique et les institutions sur la situation au Sahara occidental.
  • Défendre le droit fondamental de Claude Mangin à rendre visite à son époux incarcéré.
  • Promouvoir une résolution pacifique du conflit, conformément aux résolutions de l’ONU qui prévoient l’organisation d’un référendum d’autodétermination.

La « Marche pour la liberté » de 3.000 kilomètres symbolise l’histoire de Claude Mangin et de Naama Asfarcette : partie d’une souffrance individuelle – celle d’une épouse séparée de son mari – elle s’élargit progressivement pour embrasser la cause collective d’un peuple en quête de reconnaissance.

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