
Au Burkina Faso, la publication d’une liste de 32 personnes recherchées pour terrorisme fait polémique. Si des jihadistes notoires y figurent, l’inclusion de journalistes, d’anciens responsables électoraux et de cyberactivistes soulève de vives inquiétudes sur un durcissement autoritaire du régime militaire en place.
Le 1er avril 2025, le gouvernement militaire burkinabé a publié une liste de 32 personnes recherchées pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste ». Si cette publication vise avant tout des figures du jihadisme, elle inclut également des journalistes, des hommes politiques et des lanceurs d’alerte, suscitant des réactions partagées. Cette initiative met en lumière les tensions croissantes entre le régime de la junte militaire et la société civile burkinabé.
Des figures du jihadisme en tête de liste
Parmi les individus les plus recherchés figure Jafar Dicko, chef du groupe jihadiste Ansarul Islam, lié à Al-Qaïda. Après la mort de son frère, Malam Dicko, en 2017, Jafar est devenu une figure centrale du jihadisme au Burkina Faso. Sa tête avait déjà été mise à prix en 2023, avec une récompense de 175 millions de FCFA. Il n’est pas seul sur cette liste, car d’autres leaders jihadistes comme Dicko Hamadoun et Bolly Oumarou Idrissa figurent également parmi les personnes activement recherchées. Ces groupes ont intensifié leurs attaques au Burkina Faso depuis 2015, exacerbant la violence et l’instabilité dans le pays.
Cependant, cette liste ne se limite pas aux seuls jihadistes. Des journalistes et des figures politiques, considérés par certains comme des opposants à la junte, y figurent également. Parmi eux, on retrouve Abdoulaye Barry et Newton Ahmed Barry, anciens présidents de la Commission électorale nationale indépendante, accusés par les autorités de faire partie d’un projet visant à déstabiliser le régime. Les accusations de « déstabilisation » à l’encontre de ces journalistes reflètent la tension croissante entre la junte militaire et les voix critiques du gouvernement.
Cinq lanceurs d’alerte et cyberactivistes en exil, comme Naïm Touré et Aminata Raschow, sont également ciblés. Ces derniers ont souvent critiqué ouvertement le pouvoir militaire en place, ce qui les place dans le collimateur du gouvernement qui semble désormais assimiler toute critique comme un acte de complot ou de terrorisme. La publication de cette liste envoie un message clair : la répression contre toute forme d’opposition politique ou médiatique semble se durcir.
Les réactions de la société civile et de la communauté internationale
Cette publication a immédiatement suscité une vague de réactions, en particulier parmi les défenseurs des droits humains. Human Rights Watch a dénoncé cette initiative, la qualifiant de « climat de terreur » instauré par la junte. Selon l’organisation, cette démarche est une tentative de réduire au silence ceux qui critiquent le régime et d’intimider la société civile. Pour les opposants au pouvoir, cette liste symbolise la dérive autoritaire du régime, où même les journalistes et les militants pacifiques risquent d’être traités comme des criminels.
De son côté, le capitaine Ibrahim Traoré, à la tête de la junte, a justifié cette publication en soulignant la menace des « ennemis de l’intérieur et de l’extérieur » qui, selon lui, complotent contre la stabilité du Burkina Faso. Le discours officiel met en avant la nécessité de vigilance et d’action ferme contre ceux qui seraient perçus comme des traîtres à la nation. Mais cette position divise profondément la population burkinabé, certains la voyant comme une mesure de sécurité légitime, tandis que d’autres la considèrent comme une tentative de museler la presse et d’étouffer toute forme d’opposition.
Une atmosphère de répression croissante
Depuis le coup d’État militaire de septembre 2022, le Burkina Faso vit sous un régime militaire qui justifie ses actions par la nécessité de lutter contre le terrorisme et de restaurer la sécurité dans le pays. Cependant, les multiples attaques terroristes et la gestion controversée de la crise ont plongé le pays dans une profonde crise sociale et politique. Alors que les autorités mettent en avant les enjeux de sécurité, les opposants accusent la junte d’utiliser la lutte contre le terrorisme comme un prétexte pour réprimer toute forme de contestation.
Les derniers mois ont vu une multiplication des attaques contre les forces armées et des civils, mais aussi des arrestations de militants et de journalistes, qui sont souvent accusés de collusion avec les groupes armés. L’inclusion de journalistes et de lanceurs d’alerte dans la liste des personnes recherchées renforce cette perception d’une répression ciblant non seulement les terroristes, mais aussi ceux qui s’opposent au pouvoir en place.